Mon jogging avec Charlotte Morel

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Profitant d’une ballade en courant sur les rives du lac de Sainte-Croix à la sortie des gorges du Verdon, nous avons pris le temps de bavarder avec Charlotte Morel, surdouée du triathlon français, au sujet de sa pratique multisport de haut niveau.

Née au début de l’année 1989 à Draguignan (Var), Charlotte Morel a très tôt baigné dans un environnement ultra-sportif. « J’ai commencé à nager en club et à courir, je gagnais régulièrement les cross en hiver (courses UNSS, avec une 16e place au championnat de France) et j’avais un bon niveau en natation. Mon oncle, qui était triathlète au club de Draguignan, m’y a inscrite alors que j’avais 14 ans (en 2003), et je me suis qualifiée d’entrée pour les championnats de France en catégorie minimes. » Carrément (sur)douée la gamine, qui termina quatrième de cette finale du championnat de France !

Charlotte sortie des eaux

« Au moment d’entrer en classe de seconde, la question ne s’est pas posée, je voulais continuer dans le triathlon mais sans abandonner mes études. Me voici acceptée au CREPS de Boulouris, sans beaucoup de dépaysement car c’est très proche de chez moi. J’intègre le pôle espoirs triathlon, ce qui me permet de véritablement progresser. Je ne me serais pas vue partir en filière natation. Passer des journées à « manger des lignes d’eau » ne m’inspirait pas vraiment. Ce qui me plaît beaucoup dans le triathlon, c’est la variété. Avec la pratique de trois sports différents, il n’y a pas de routine ni de monotonie. » Pour sa seconde participation au championnat de France, Charlotte décroche la médaille d’argent avant de devenir championne de France en catégorie cadette (16 ans). La fusée est déjà sur orbite mais elle va encore progresser. « Il ne faut pas croire que les résultats arrivent naturellement, ils sont le fruit d’un entraînement conséquent mais bien dosé, avec des périodes de doute, de ras-le-bol, d’autres périodes d’euphorie, mais j’ai toujours eu globalement plaisir à m’entraîner, même si certains matins aller enchaîner des lignes en natation dans l’eau fraîche ne me motivait pas vraiment. En revanche, pédaler sur de belles routes vallonnées, profiter des différentes saisons le nez au vent, cela est véritablement un plaisir. »

 

CHARLOTTE, SI TU ÉTAIS…

  • Un parcours (entraînement ou compète) ?
    Le Col du Canadel (83).
  • Une ville ?
    Santa Monica (Californie).
  • Un sport ?
    Triathlon.
  • Un sportif (femme ou homme) ?
    Je resterai moi-même.
  • Un plat culinaire ?
    Le chocolat.
  • Une destination de vacances ?
    Bali.
  • Un chanteur ?
    Plutôt un style de musique : deep house, electro, chilling.
  • Un exploit ?
    Le big bang.
  • Un animal ?
    Un guépard.
  • Un monument historique ?
    Le Machu Picchu.
  • Une épreuve sportive ?
    L’EmbrunMan.
  • Une émission de TV ?
    Je ne regarde pas la TV.

La tête et les jambes

Comme la réussite sportive au plus haut niveau est incertaine, il n’était pas question pour Charlotte d’abandonner ses études, passer son bac (elle l’obtient en série S) n’étant qu’une étape vers la poursuite d’études supérieures. « Une carrière de haut niveau international, dont l’accès reste hypothétique, ne dure pas très longtemps. Il y a de nombreux aléas au premier rang desquels les blessures. Et les gains obtenus ne permettent pas d’envisager de ne pas travailler une fois que l’on a terminé sa carrière. De plus, je ne me vois pas ne pas travailler, alors je m’oriente vers ce que j’aime faire, ce seront des études dans le domaine du sport. » Licence STAPS en poche, puis un master en « Nutrition activité physique et santé » dans la foulée, Charlotte continue sa carrière de triathlète. Avant la catégorie junior elle intègre un club de D1 ayant un bon niveau, à Beauvais (Oise). « Les courses CD (distance olympique soit 1,5 km de natation, 40 km de vélo puis 10 km de course à pied) sont très exigeantes sur le plan mental (en plus du physique, bien sûr !) car il ne faut pas perdre de temps lors des transitions et être placée devant à vélo. La différence se fait lors de la course à pied, il faut un mental inoxydable en plus d’un physique à la hauteur pour une durée d’effort d’environ 2 h 20. Ma saison 2010 fut gâchée par des blessures (fracture de fatigue) avec les doutes inhérents à cette situation. » Charlotte multiplie les titres de championne de France et obtient une belle 8e place au championnat du Monde Espoir – Gold Coast Australie en 2009. En 2008 (à 19 ans), elle décroche un contrat d’athlète de haut niveau auprès de l’armée (« Sportif de haut niveau de la Défense »), ce qui lui donne le temps de se consacrer totalement à ses entraînements. « Ma semaine sportive est d’environ trente à trente-cinq heures, avec quatre séances hebdomadaires de natation, en piscine pour des éducatifs, ou en lac ou en mer pour travailler les conditions réelles en haut libre. Je cours 5 à 6 fois par semaine, avec parfois des séances natation puis course à pied enchaînées, et depuis que je suis passé sur longue distance (1,9 km / 90 km / 21,1 km), j’intègre régulièrement une sortie longue d’environ 2 heures. Le vélo ? C’est ce qui prend le plus de temps, avec 5 à 6 sorties, dont deux longues d’environ 5 heures. Résidant dans le Var, j’ai la chance d’avoir une météo globalement favorable et de beaux parcours d’entraînement, c’est important pour moi. »

Plaisir et partage

Le plaisir est un terme qui revient régulièrement lorsque Charlotte évoque sa pratique du triathlon. « Depuis que je suis passé sur longue distance en 2014, j’ai augmenté mon kilométrage à vélo à l’entraînement. Et je me rends compte que j’aime vraiment rouler. Lors d’une sortie de plus de 120 km, je vois le paysage défiler et je vis pleinement les différentes saisons. En compétition élite courte distance (notamment sur les Grand Prix), on est à fond, la lutte entre filles est très serrée, c’est tout pour la gagne. Sur longue distance, l’ambiance est différente, tout d’abord car la course est mixte, avec bien sûr un classement différencié femmes et hommes. Certes, la motivation pour l’emporter est la même, mais la présence de triathlètes de tous niveaux crée une atmosphère différente, il y a plus de discussions et d’échanges par exemple ». Pourquoi avoir abandonné la courte distance ? « Après six saisons à un bon niveau mondial, j’avais un peu l’impression d’avoir fait le tour de cette distance. Certes, j’aurais pu tenter la qualification pour les JO mais les minima demandés par la fédération devenaient plus exigeants après chaque saison, j’avais l’impression que j’aurais passé beaucoup de temps à “courir après eux”. »

CHARLOTTE MOREL DIGEST

  • Date et lieu de naissance : le 15 janvier 1989 à Draguignan, dans le Var
  • Taille/poids : 173 cm / 55 kg
  • Lieu de résidence : Saint-Raphaël
  • Situation familiale : en couple
  • Situation professionnelle : coach en nutrition et entraînement : http://mytribetriathloncoaching.com

À deux, on est plus fort

Est-ce que partager ta vie avec un triathlète de haut niveau est un avantage (l’heureux élu est Frédéric Belaubre) ? « Incontestablement, nous pouvons partager certaines de nos sessions d’entraînement dans les trois disciplines, nous pouvons nous épauler , partager nos joies, nos doutes. Nous savons parfaitement ce que peut vivre l’autre et c’est plus facile, je pense, que pour quelqu’un ne pratiquant pas du tout le triathlon. La vie de sportif de haut niveau est vraiment particulière : nos objectifs de course dictent nos emplois du temps. Après un gros week-end de sport avec trois disciplines et une douzaine d’heures d’effort, on n’a pas vraiment envie de sortir. »

Un tri sélectif !

Quels sont tes objectifs de course dans les mois qui viennent ? « L’EmbrunMan le 15 aôut : 3,8 km à la nage, 188 km de vélo avec le mythique col de l’Izoard à 2 360 m pour terminer par un marathon. À terme, je vise la qualifi cation pour l’Ironman d’Hawaii qui a lieu chaque année au mois d’octobre. » Certain(e)s sont très attirés par la pratique de ces trois sports, mais souvent, l’une des trois disciplines pose problème, alors quel conseil donnerais-tu ? « Osez vous lancer, ne vous préoccupez pas du regard des autres. Évidemment, commencez par une distance qui correspond à vos capacités. Si c’est la natation qui pose problème, n’hésitez pas à prendre des cours, car c’est un sport technique qui demande de l’application pour avoir le geste efficace. Si le vélo est votre point faible, commencez par une durée relativement faible puis augmentez peu à peu au fil des semaines. Avec deux entraînements hebdomadaires dans chaque sport, on peut très bien s’en sortir pour un format XS ou S. D’autant que l’on peut pratiquer deux activités différentes dans la même journée, par exemple la natation et l’un des deux autres sports. La natation et le vélo sont des sports portés, le vélo est très bon pour le foncier et l’on évite les impacts de la course à pied, tandis que la natation fait bosser le cardio. » Le soleil descend lentement, il est temps de rentrer, le lendemain Charlotte a une sortie à vélo assez vallonnée au-dessus des gorges du Verdon.

ET SINON CHARLOTTE…

  • Qu’est-ce qui te fait lever le matin ?
    Le soleil et l’entraînement.
  • Qu’est-ce qui t’énerve ?
    Je m’énerve assez vite ! Ce qui m’énerve particulièrement dans ma pratique, ce sont les automobilistes qui nous frôlent ou nous font peur.
  • Qu’est-ce qui te rend triste ?
    Être loin des personnes que j’aime, quand j’échoue sur un objectif.
  • Qu’est-ce qui te fait peur ?
    Décevoir.
  • Qu’est-ce que tu respectes beaucoup ?
    Ma famille.
  • Qu’est-ce qui te rend plus forte ?
    L’envie, l’entraînement et l’amour.
  • Qu’est-ce qui peut te décourager ?
    Les blessures.
  • Qu’est-ce qui te donne des regrets ?
    Lorsque je rate un entraînement ou que je mange trop de chocolat.
  • Qu’est-ce qui te motive ?
    Performer. Partager et vivre de nouvelles aventures entre amis.
  • Qu’est-ce qui te met de bonne humeur ?
    Le beau temps, les bisous de mon chéri et une séance d’entraînement réussie.
  • Qu’est-ce qui te plaît dans ton sport ?
    Le plaisir de découvrir de nouveaux endroits et la possibilité de mélanger trois disciplines que j’apprécie.

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