Le diabète, se piquer pour mieux courir ?

Facebooktwittergoogle_plusredditpinterestlinkedinmail

Environ 3,5 millions de nos chers compatriotes sont atteints de diabète. Parmi eux, forcément, on trouve des joggeurs. Pourtant, la grande majorité est constituée de non-pratiquants qui devaient envisager de s’y mettre car, non seulement la course à pied n’est pas incompatible avec le diabète mais elle est même recommandée pour guérir, ou au moins juguler, cette maladie.

Qu’on se le dise : on ne plaisante pas avec le diabète, incarnation parfaite de l’adage « à petite cause grands effets ». Pour la faire simple, le diabète est un trouble de l’assimilation, de l’utilisation et du stockage des sucres apportés par l’alimentation. Avec une conséquence fâcheuse : un taux de glucose dans le sang (glycémie) élevé, autrement dit la fameuse hyperglycémie. Petit rappel : quand on mange, le taux de sucre dans le sang augmente puisque les glucides (sucres, féculents…) contenus dans les aliments sont transformés essentiellement en glucose. Pas bête, le pancréas détecte alors l’augmentation de la glycémie et active ses cellules bêta afin qu’elles sécrètent de l’insuline. Insuline dont la fonction est justement de permettre au glucose de pénétrer dans les cellules de l’organisme, en particulier des muscles, des tissus adipeux et du  foie. Autant d’organes où il sera transformé et stocké.

L’ennemi, c’est le sucre

Or, chez les diabétiques, cette belle machine bien huilée ne fonctionne pas ou plus. Pourquoi ? Tout dépend du type de diabète qui les affecte. On distingue en effet essentiellement le diabète de type 1 (10 % des diabétiques) du diabète de type 2 (85 % des diabétiques). Le diabète de type 1 (dit diabète insulinodépendant – DID) est très souvent diagnostiqué chez des patients jeunes, enfants ou adultes.

Inexplicablement, l’organisme non seulement ne reconnaît plus les fameuses cellules bêta mais les détruit consciencieusement. Le glucose ne pouvant pas entrer dans les cellules faute d’insuline, il reste dans le sang qui voit son taux de glucose grimper. Logique. Dans ce cas-là, il n’y a pas d’autre solution que de mettre en place un apport exogène d’insuline. Pour cela, deux moyens techniques existent : soit les injections ponctuelles d’insuline avec une seringue ou un stylo, soit l’administration d’insuline en continu grâce à une pompe à insuline qui est un appareil portable ou implantable que l’on fixe sur le corps et avec lequel il est tout à fait possible de courir. Au préalable, pareille opération nécessite d’avoir vérifié sa glycémie plusieurs fois par jour, soit en se piquant le doigt avec l’aiguille d’un appareil de mesure, soit au moyen d’un capteur glycémique en continu sous-cutané.

Le diabète de type 2, lui, paraît moins grave ne serait-ce que parce qu’il est en général curable. Il est le plus souvent l’apanage de personnes qui ont franchi plus ou moins gaillardement le cap de la fatidique quarantaine. Soit leur pancréas sécrète toujours de l’insuline mais pas suffisamment, soit cette insuline n’est plus assez performante et voit donc ses effets bénéfiques altérés. Surtout, elle ne parvient plus à réguler la glycémie, et ce dysfonctionnement épuise progressivement le pancréas. Le glucose ne pénètre pas dans les cellules du corps et reste dans le système sanguin avec, là encore, une glycémie qui va augmenter plus que de raison. Outre des prédispositions génétiques, les causes du diabète de type 2 sont à chercher dans un mode de vie défaillant avec, à la clef, la fameuse équation : alimentation déséquilibrée + manque d’activité physique = surpoids. Si bien que pour éviter que le diabète de type 2 se mue irrémédiablement en diabète traité par injections d’insuline, il convient de surveiller comme le lait sur le feu ce qu’il y a dans nos assiettes et de faire très régulièrement du sport, notamment d’endurance.

Les esprits insouciants seraient tentés de croire que tout ça, ce n’est pas bien grave. Eh bien si, ça l’est ou, du moins, cela peut rapidement le devenir si l’on n’y prend garde. Plus précisément, si l’on ne parvient pas à normaliser et à stabiliser sa glycémie : à la longue, les hyperglycémies répétées et prolongées sont en effet susceptibles de provoquer une altération des nerfs et des vaisseaux sanguins. Surviennent alors des complications pas joyeuses pouvant aller jusqu’à la cécité, des amputations du/des pied(s), des accidents vasculaires cérébraux, une insuffisance rénale et, cerise sur le gâteau, des troubles de l’érection.

Courir, un excellent remède

Dans ces conditions, pourquoi courir serait une très bonne chose quand on est diabétique ? Avant de répondre, une précision qui a son importance : le fait d’être diabétique ne diminue intrinsèquement pas les capacités strictement physiologiques (endurance, VMA…) du coureur. Ce sont les effets d’un diabète non maîtrisé qui sont dévastateurs pour l’organisme et la performance. À court terme car une crise d’hyper ou d’hypoglycémie en plein effort coupe littéralement les jambes. À long terme car si l’on vit avec un taux de sucre trop élevé dans le sang, les systèmes vasculaire et nerveux s’encrassent tandis que des fonctions ventilatoires et cardiovasculaires sont altérées. À l’opposé des prédispositions requises pour être un runneur serein et…rapide. Pourquoi donc pousser le vice à gambader quand le corps et le sucre ne font plus bon ménage ?

D’abord parce que cela a des vertus pédagogiques évidentes. Dans la mesure où elle mobilise la filière énergétique, l’activité physique induit des variations importantes de la glycémie. Si la chose est banale chez un individu lambda, elle peut virer à la quadrature du cercle chez un diabétique. Le fait de courir va l’aider à mieux se connaître mais aussi à adapter à la fois son alimentation et son traitement pour conserver des taux de glycémie optimaux. La course à pied officie en quelque sorte comme une mise en situation, un exercice pratique dans des conditions extrêmes, et donc très formateur.

Resensibiliser les cellules de l’organisme à l’insuline

Surtout, la pratique d’un sport, en particulier la course à pied, est une occasion unique de resensibiliser les cellules de l’organisme à l’insuline, ce qui réduira d’autant les besoins, mais aussi de diminuer la quantité de sucre à assimiler. Sans compter, une perte de poids et une excellente manière de se prémunir contre les accidents cardio-vasculaires. En clair, « on réinitialise et on rerégule la machine », comme le dit joliment Jérôme Trublet, tout à la fois infirmier, diabétique de type 1 et entraîneur au club de Moissy-Cramayel Athlétisme en Seine-et-Marne. Ce qui s’avère extrêmement profitable pour les diabétiques de type 2 mais également de type 1.

DIABÈTE = PIEDS FRAGILES
BICHONNEZ VOS PETITS PETONS !

Le choix du matériel est encore plus primordial pour le joggeur diabétique car le risque de blessure est accru, en particulier au niveau des pieds. « Le pied diabétique est plus fragile que celui d’une personne lambda », confirme Jérôme Trublet, infirmier et entraîneur. Les probabilités d’infection, de problème vasculaire et de neuropathie (affection du système nerveux périphérique, N.D.L.R.) sont en effet majorées. Sans compter, une insensibilité plus importante qui peut conduire à ne pas sentir l’apparition d’une plaie ni même le début de sa dégradation parce que le sucre se dépose dans les artères, ce qui, à la longue, provoque une mauvaise vascularisation, voire une nécrose. De même se fixe-t-il sur les gaines de myéline des terminaisons nerveuses, lesquelles ne jouent plus leur rôle de fil conducteur qui transmet l’information. La chose n’est pas à prendre à la légère quand on sait que le diabète est la première cause d’amputation du pied en France. Alors pour galoper en toute quiétude, il est préférable d’opter pour des chaussettes avec un minimum de coutures (plates), voire sans, et pour des chaussures dotées d’un chaussant réellement confortable générant le moins de frottements possible. La souplesse est également un critère prédominant pour ménager au maximum votre outil de travail. Sans oublier de consulter régulièrement son cher pédicure-podologue.

Prenez vos précautions

Tout d’abord, pour se (re-)mettre à courir, il convient systématiquement de satisfaire une condition préalable : avoir un diabète équilibré, c’est-à-dire un taux moyen de glycémie proche de la normoglycémie, au cours des trois derniers mois. Pour s’en assurer, il suffit de faire des analyses sanguines dans un laboratoire. La suite s’apparente à un rite initiatique. Au tout début, avant que votre expertise thérapeutique soit avérée et que vous ayez acquis une condition physique des plus honorables, il est préférable d’effectuer vos premières sorties accompagné pour qu’un incident ne se transforme pas en accident.

Par la suite, même lorsque l’on est pleinement autonome, il convient de toujours informer un proche que l’on va s’entraîner, pendant combien de temps, sur quel parcours et… muni de ses papiers d’identité. De même que pour tout processus de réathlétisation, modération et progressivité sont les maîtres mots. Il n’y a pas de honte à alterner course en toutes petites foulées et marche avant de passer, une fois que l’on se sent rodé, à une ou deux, voire trois sorties hebdomadaires d’une durée pouvant aller jusqu’à quatre-vingt-dix minutes. Il est également impératif de vérifier sa glycémie avant de s’élancer puis, une fois que les chevaux sont lâchés, d’en faire de même toutes les demi-heures ou, si l’on se connaît vraiment bien, au maximum toutes les heures. Techniquement parlant, le procédé est un peu lourd mais incontournable sachant qu’en cas de taux anormalement bas, la correction s’effectue en ingurgitant des substances sucrées et, en cas de taux trop élevé, en s’injectant de l’insuline. D’où l’absolue nécessité d’être pleinement autonome dans la modulation de sa glycémie.

Rien ne sert de faire des réserves de sucre avant le départ

Pour le reste, chacun est un cas unique et possède ses propres taux de référence selon le type d’effort auquel il s’adonne. Néanmoins, il est communément recommandé de ne pas commencer à courir avec une glycémie inférieure à 1,5 g/l et de se «resucrer» (en mangeant des barres de céréales, des pâtes de fruits, etc., ou en buvant de l’eau mélangée à un sirop, des boissons énergétiques…) suffisamment (mais pas trop) tout au long du parcours afin de ne pas descendre sous le seuil fatidique de 1 g/l (risque d’hypoglycémie). De même, un taux supérieur à 3 g/l (hyperglycémie) est à corriger expressément. On l’aura compris, il s’agit d’un subtil équilibre. Autre grand principe : sur un 5 ou un 10 kilomètres, et à condition de le courir « à fond », la filière anaérobie étant prioritairement sollicitée, l’organisme sécrète des catécholamines (adrénaline, noradrénaline) qui augmentent la glycémie. C’est pourquoi rien ne sert de faire des réserves de sucre avant le départ et encore moins de se réapprovisionner en cours de route.

Au contraire, à l’arrivée, le taux de glycémie sera le plus souvent élevé (pouvant atteindre 2,5 g/l) et il faudra alors le faire baisser en s’injectant de l’insuline. En revanche, sur un semi-marathon, et a fortiori sur un marathon, il est conseillé de s’élancer avec un taux de glycémie oscillant aux alentoursde 2,50 g/l car, au fil des kilomètres, ce taux va diminuer. En outre, il n’y a pas besoin de s’injecter  davantage d’insuline. Il faut même diminuer les quantités. Une petite dose au moment de commencer à gambader suffit amplement pour enclencher la machine. Pourquoi ? « Parce que le fait de courir diminue très nettement, parfois jusqu’à 80 %, les besoins en insuline, explique Jérôme Trublet. En effet, la sensibilité à l’insuline est majorée durant l’effort, si bien que les muscles puisent naturellement et sans aide les glucides qui leur sont nécessaires. » En somme, un diabétique qui passerait son temps à courir aurait nettement moins besoin d’insuline. Un raisonnement par l’absurde qui a au moins une vertu : celle de démontrer que la course à pied est l’un des remèdes du diabète.

COURIR ?
PLUS JAMAIS SEUL !

Des structures permettent à des coureurs diabétiques novices (mais aussi plus chevronnés) d’effectuer leurs premières foulées en toute quiétude en bénéficiant d’un accompagnement de la part d’un membre référent, lui-même diabétique, mais aussi de répondre à certaines interrogations sur la manière de s’y prendre. Ces associations sont aussi l’occasion de se retrouver entre joggeurs diabétiques, de partager ses expériences et de courir ensemble. La plus importante est l’Union Sports; Diabète – USD (www.unionsportsetdiabete.com; e-mail : unionsportsetdiabete@outlook.fr ; tél. : 06 29 55 45 17) dont l’objet consiste à promouvoir l’activité physique et sportive des personnes atteintes d’un diabète. Elle assume un rôle d’expert auprès des soignants et des réseaux de soins mais aussi des professionnels du sport et de l’activité physique. Elle propose notamment à ses membres des stages d’éducation médico-sportive, des événements et des séjours ou encore la possibilité de solliciter des conseils et, enfin, d’accéder à un site Internet d’informations comportant notamment des fiches pratiques. Il faut également citer Type 1 Running Team (www.type1runningteam.org; e-mail : type1runningteam@gmail.com), une association affiliée à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) et spécialisée dans l’accompagnement des coureurs et des marcheurs diabétiques. L’adhésion à Type 1 Running Team permet d’obtenir une licence FFA et de bénéficier de plans d’entraînements personnalisés.

Laisser un commentaire

Votre adresse mail ne sera pas publiée.


*