Trail : Comment franchir un gué

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Sauter par-dessus l’eau, c’est plutôt amusant, mais quand on se loupe et que l’on peut se retrouver les pieds mouillés pour le restant de la course, c’est nettement moins drôle. Caroline Freslon nous donne ses conseils pour passer sans embûches.

Quelles sont les premières questions à se poser lorsque l’on arrive devant un gué ?

« Il faut absolument faire un petit état des lieux pour savoir si c’est profond et s’il y a beaucoup de courant. On peut perdre l’équilibre, tomber dans l’eau et, dans des situations extrêmes, carrément être emporté par le courant. Selon les cas de figure, on va soit accélérer avant pour prendre de la vitesse et franchir l’obstacle, soit s’arrêter pour regarder et tester le sol afin de vérifier si l’on peut poser un bon appui pour sauter. Pour évaluer la profondeur, l’idéal est de se servir de ses bâtons. Il est préférable de perdre un peu de temps que de se lancer direct, se faire piéger, glisser et se faire mal. Si le gué est très petit, on évitera de ralentir afi n de garder son élan et passer plus facilement. Si l’on s’est arrêté et que l’on décide de sauter, il faudra repartir en arrière pour reprendre de l’élan. Mais pour ma part, dans la plupart des cas, si j’ai le moindre doute, je préfère assurer en posant le pied dans l’eau. »

Pourquoi ne pas utiliser les pierres affleurantes qui permettent souvent de passer au sec ?

« Si elles sont sèches et stables, pourquoi pas, mais il faudra y aller en prenant le temps de bien s’équilibrer. Si elles sont mouillées, je pense qu’il vaut mieux directement mettre le pied dans l’eau puisque, de toute façon, on a une chance sur deux de perdre l’équilibre. On aura davantage d’équilibre sur les pierres si l’on s’est entraîné en proprioception. Le meilleur exercice pour moi reste la Slackline. »

On rencontre souvent des gués sur un trail ?

« C’est très fréquent sur les trails de printemps, entre avril et fin juin. Et surtout quand, comme cette année, il y a eu beaucoup de neige et de pluie… Durant ces périodes, il faut préparer sa peau aux ampoules parce que l’on court souvent les pieds mouillés. En août, c’est plus rare. Les ruisseaux sont moins larges et il y a souvent moyen de passer facilement. »

Comment définir le meilleur endroit pour passer ?

« Pour sauter, on va évidemment choisir l’endroit le moins large, et si possible avec un départ plus haut que la réception. On aura alors moins à pousser pour aller de l’autre côté. Ça va permettre à la fois de limiter les risques si les appuis sont glissants et aussi d’économiser de l’énergie. Si l’on sait que l’on ne peut pas passer au sec, alors il vaut mieux choisir l’endroit le moins profond même si c’est plus large. »

Quelles sont les indications du terrain qui vont pouvoir donner des infos sur l’adhérence ?

« La couleur des pierres évidemment. Si elles sont foncées parce qu’elles sont humides, il y a fort à parier qu’elles vont glisser. Mais même secs, les cailloux peuvent être instables, alors c’est compliqué. Il est toujours préférable de tester avant de sauter. Quand il y a des herbes hautes, il faut être prudent parce que l’on ne voit pas s’il y a un caillou en dessous, mais aussi parce que les sols sont souvent meubles au bord de l’eau. Au contraire, si l’herbe est rase et sèche, on peut généralement y aller en confiance. »

Quelles sont les erreurs les plus fréquentes ?

« Je vois souvent des gens qui n’ont pas anticipé et sont trop optimistes. Ils arrivent avec le nez dans les baskets, sont pris de court et mettent les deux pieds dans l’eau alors qu’il y avait un passage super-facile juste à côté. Il faut vraiment anticiper la trajectoire en levant les yeux. »

Faut-il absolument éviter de se mouiller les pieds ?

« Quand c’est possible, oui. Certains attrapent des ampoules sitôt qu’ils courent avec les pieds mouillés. Mais si l’on a un doute, il ne faut pas y aller. C’est souvent à ce moment-là que l’on tombe et il vaut mieux avoir les pieds mouillés qu’une entorse de la cheville. »

Les conditions météo et le type de course vont-ils influencer la manière de procéder ?

« C’est sûr que si l’épreuve se déroule sous la pluie et que l’on a déjà les pieds mouillés, on va moins se poser de questions. On fera en revanche bien plus attention si le gué est au départ d’un ultra. On part alors pour longtemps et l’on sera moins pénalisé par le fait de s’arrêter pour regarder. Il faut aussi tenir compte de ce qui nous attend derrière. Si l’on met le pied dans l’eau juste avant une grosse descente, les risques sont grands d’avoir des ampoules. »

Une passerelle nécessite un gros détour, que fait-on ?

« Encore une fois, cela va dépendre de la distance du trail. Si c’est une course qui dure une à deux heures, ça ne vaut pas le coup de faire le détour. Si c’est plus long, il faudra peut-être le faire. »

Quelle est la technique, dans les grandes lignes ?

« Il ne faut pas chercher à prendre un gros appui afin de sauter très haut : cela augmente les risques de glissade à l’appel et à la réception, et c’est traumatisant au niveau musculaire. Il faut essayer de faire un saut rasant : pour cela, on saute avec un appel à un pied. L’idéal est de faire un appui sur l’avant du pied, à l’appel comme à la réception. On va s’aider des bras et des coudes pour déclencher le mouvement. Il faut être bien gainé et fixer du regard le point d’arrivée. Dès que l’on sera sûr d’y parvenir, on se projettera sur la suite avec les yeux. On peut aussi se servir des bâtons comme points d’appui au milieu du gué. S’il y a un concurrent qui nous précède, il peut être intéressant de voir comment il s’en est sorti. »

Et si l’on est un peu court ?

« On ne va pas pouvoir modifier sa trajectoire en l’air, alors on ne doit surtout pas se crisper et essayer de se réceptionner sur l’avant-pied pour éviter de se tordre une cheville. Il faut rester gainé et solide au niveau des appuis mais relâcher le haut du corps. »

Si l’on a les pieds mouillés, doit-on changer de chaussettes ?

« On ne le fera que si l’on a des chaussures en Gore-Tex et que l’eau est passée par le haut. Ce type de chaussures ne laisse pas sortir l’eau. On ne doit pas hésiter à changer de chaussettes si l’on sent qu’à cause de l’eau, le pied bouge dans la chaussure. »

Existe-t-il des chaussures qui tiennent vraiment sur les pierres humides ?

« Il y a des gommes plus ou moins efficaces, mais je ne connais pas de semelle qui adhère vraiment sur la pierre humide. »

QUI EST
CAROLINE FRESLON ?

« J’ai 36 ans, j’habite à Crest-Voland (73). Traileuse depuis dix ans mais, avant cela, j’ai passé dix ans en équipe de France d’aviron. J’ai gagné le dernier Trail des Écrins, deux fois le Gypaète, et terminé deux fois deuxième de la Gore-Tex Transalpine. J’ai aussi réussi deux podiums à la Saintélyon, gagné le Tour des Glaciers de la Vanoise et trois fois l’Oxygène Challenge. Je suis également accompagnatrice en montagne et organisatrice des stages de trail avec la structure 5e Élément (www.5eme-element.fr) depuis sept ans. »

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